Victoria Jelinek


Covid-19, 13 aoĂ»t – RentrĂ©e Ă  l’Ă©cole

Bonjour Monsieur,

J’ai lu (Le Monde et Les Echos) qu’il n’y avait pas de prĂ©cautions de sĂ©curitĂ© Covid-19 pour les enfants des Ă©coles Ă©lĂ©mentaires de moins de onze ans dans toute la France au retour des Ă©coles le mois prochain. Est-ce vrai? Si oui, comment est-ce possible? Il a Ă©tĂ© largement dĂ©menti que les enfants ne peuvent pas attraper le virus (100000 aux États-Unis cette semaine, Reuters), il est largement admis qu’ils peuvent le propager, et l’immunitĂ© collective signifierait 60 Ă  70% de la population testĂ©e positive pour Covid -19.

women revolutionMon enfant de neuf ans comprend certainement le protocole de santĂ©, mais c’est un enfant qui est impuissant face aux autoritĂ©s adultes, et qui ne pourra par la suite pas maintenir des distances de sĂ©curitĂ©, se laver les mains rĂ©guliĂšrement, garder ses effets personnels des autres enfants, ou aĂ©rer le salle de classe dans laquelle il est assis toute la journĂ©e (ou insistez pour que les classes soient Ă  l’extĂ©rieur lorsque cela est possible) s’il n’y a pas de rĂšgles en place que les adultes doivent exĂ©cuter et suivre pour le bien-ĂȘtre de tous. Comme nous l’avons dĂ©jĂ  vu avec le port de masque «obligatoire», de nombreuses personnes ne suivent pas ce protocole, mĂȘme s’il est dĂ©fini par la loi, mais nous devrions essayer de dĂ©finir des paramĂštres.

 

L’Organisation mondiale de la santĂ© et divers syndicats d’enseignants (y compris le mien) conseillent d’Ă©taler les salles de classe pour permettre la distanciation tout en permettant une frĂ©quentation rĂ©guliĂšre en classe et le port obligatoire de masques par les enseignants et les travailleurs pour assurer un retour en toute sĂ©curitĂ©, ainsi que des fenĂȘtres ouvertes, un lavage rĂ©gulier des mains (il n’y a jamais de savon dans les salles de bain de l’Ă©cole de mon fils!), des entrĂ©es / couloirs se dĂ©plaçant dans l’un ou l’autre sens, et une dĂ©sinfection rĂ©guliĂšre des surfaces. Ceci afin de permettre Ă  la fois d’aller Ă  l’Ă©cole mais aussi de ne pas infecter notre population avec Covid-19 peu de temps aprĂšs avec une augmentation des «clusters».

De plus, nous vivons dans un endroit trĂšs touristique, et cet Ă©tĂ© a de nouveau Ă©tĂ© extrĂȘmement occupĂ© par les voyageurs – Ă  la fois ceux qui viennent et ceux qui sont en vacances dans d’autres pays. Je connais plusieurs familles dont les enfants frĂ©quentent l’Ă©cole locale et qui ont voyagĂ© Ă  destination et en provenance de diffĂ©rents pays avec peu ou pas de respect des protocoles de sĂ©curitĂ©. En consĂ©quence, leurs enfants pourraient ĂȘtre asymptotiques, ou malades, et nous ne le verrons pas complĂštement se manifester avant la fin septembre, aprĂšs le retour des enfants pendant deux ou trois semaines.

Pourquoi agir de maniĂšre Ă  ne rĂ©pondre qu’Ă  la crise? Pourquoi ne pas anticiper la crise et agir en consĂ©quence? Encore et encore, les professionnels de la santĂ© et les scientifiques disent que NOUS AVONS LE CONTRÔLE avec ce virus si nous avons simplement un leadership clair et la discipline pour adopter des mesures de sĂ©curitĂ©. Quelle excuse avons-nous pour ne pas faire ce que nous pouvons?

Enfin, Ă  part une brĂšve communication en mai du bureau du maire disant que la frĂ©quentation serait obligatoire pour tous les Ă©lĂšves, nous n’avons reçu aucune information de l’Ă©cole ou du bureau du maire local concernant les protocoles de sĂ©curitĂ© pour nos enfants ou les attentes pour nous parents. C’est nĂ©gligeable. Si nous n’avions pas eu l’incroyable professeur de classe que nous avions, nous n’aurions rien su, et de nombreux amis se sont retrouvĂ©s dans cette position, s’appuyant plutĂŽt sur des ouĂŻ-dire (ce qui Ă©quivaut Ă  la dĂ©sinformation et Ă  la panique).

Nous devons faire mieux si nous voulons Ă©viter un autre confinement ou, bien pire, une sociĂ©tĂ© trĂšs malade et contagieuse qui entraĂźne la perte de nombreux ĂȘtres chers.

Merci d’avoir pris en considĂ©ration ce que j’ai Ă©crit ici en tant que parent, professeur, et membre de votre Ă©lectorat trĂšs prĂ©occupĂ©.

Veuillez recevoir, Monsieur, mes salutations distinguées.

 



Covid-19, May 4, 2020

“All men’s miseries derive from not being able to sit in a quiet room alone.” Blaise Pascal

France decided to open up the schools in phases starting May 11th. The first to go back are elementary school kids. Our son is in the equivalent to third grade.

We received a form from our son’s teacher to fill out on Friday stating whether we’d return our child to school or not so that they could submit it to the Mayor’s office on Monday – today – to begin making plans for the rentrĂ©e. I opted to speak to the teacher about it to see what she thought (she rose exponentially in my estimation since quarantine). She said that not only are spaces limited, the same principles of the confinement remain: the objective is still to keep infection down in order to permit hospitals to tend to those who need help. That there are small children being left at home because they have a single parent who needs to work, or both parents work, or there are children whose parents can’t, or won’t, help the kids with their schoolwork. Reopening the school for little ones is an effort to help these kids and their parents. This sealed the deal for me. Yes, I’m anxious about working with a precocious single child at home. I’m worried about being able to work, and I also need time alone to replenish myself. With a small child at home, who doesn’t seem to be able to be autonomous unless he’s on a screen (watching TV, or a film, or playing an electronic game), which is, perhaps, normal, I don’t know, it’s incredibly disruptive for both my husband and me. We consequently argue about who does what and who has done more. (I often end up working after the boy and the man are in bed, going to bed very late, then waking up early when they wake up – I’m very tired…zzz…).

‘Kvetch’ aside, I feel relieved with our decision to keep our son home for the ‘bigger picture’ (in addition to what seems to be an unnecessary risk for the moment). I think the interesting element to this corona experience – the whole social phenomena’s we’re witnessing will be, I believe, written about sociologically for a long time to come (or until we humans make ourselves extinct), is that at the same time we’re isolated from each other, forced to distance physically from each other, we’re thinking about each other now more than ever. Or MUST think about each other now more than ever. We must work together to ensure the survival of our species, and the way to do that is to distance ourselves from others when possible. It’s not just ourselves and our own interests we’re thinking about for the first time in a long time. We’re being asked to consider everyone when limiting contacts, our potential exposure to the virus (with outings, errands, plans, etc.), washing hands. Even wearing a mask is a sign of consideration, a, “I’m helping YOU keep safe” sort-of-thing. It’s quite lovely, actually, when you think of it this way. It makes one feel less alone, more purposeful, and, arguably, reinforces the argument that humans are worth saving (perhaps).

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“Toutes les misĂšres des hommes dĂ©rivent de ne pas pouvoir s’asseoir seuls dans une piĂšce calme.” Blaise Pascal

La France a dĂ©cidĂ© d’ouvrir les Ă©coles par phases Ă  partir du 11 mai. Les premiers Ă  y retourner sont les enfants des Ă©coles Ă©lĂ©mentaires. Notre fils est dans l’Ă©quivalent de la troisiĂšme annĂ©e.

Vendredi, nous avons reçu un formulaire de l’enseignant de notre fils indiquant si nous devions retourner notre enfant Ă  l’Ă©cole ou non afin qu’il puisse le soumettre au bureau du maire lundi – aujourd’hui – pour commencer Ă  planifier la rentrĂ©e. J’ai choisi d’en parler au enseignante pour voir ce qu’elle en pensait (elle a augmentĂ© de façon exponentielle Ă  mon avis depuis la confinement). Elle a dit que non seulement les espaces sont limitĂ©s, mais les mĂȘmes principes de confinement demeurent: l’objectif est toujours de limiter l’infection afin de permettre aux hĂŽpitaux de soigner ceux qui ont besoin d’aide. Qu’il y a des petits enfants Ă  la maison parce qu’ils ont un parent seul qui doit travailler, ou les deux parents travaillent, ou qu’il y a des enfants dont les parents ne peuvent pas, oĂč ne vont pas, aider les enfants dans leurs devoirs. La rĂ©ouverture de l’Ă©cole pour les tout-petits est un effort pour aider ces enfants et leurs parents. Cela a scellĂ© l’accord pour moi. Oui, je suis impatient de travailler avec un enfant cĂ©libataire prĂ©coce Ă  la maison. Je suis inquiet de pouvoir travailler et j’ai aussi besoin des temps tout seul pour me reconstituer. Avec un petit enfant Ă  la maison, qui ne semble pas capable d’ĂȘtre autonome Ă  moins d’ĂȘtre sur un Ă©cran (regarder la tĂ©lĂ©vision, un film ou jouer Ă  un jeu Ă©lectronique), ce qui est peut-ĂȘtre normal, je ne sais pas , c’est incroyablement perturbant pour mon mari et moi. Par consĂ©quent, nous discutons de qui fait quoi et qui a fait plus. (Je finis souvent par travailler aprĂšs que le garçon et l’homme soient au lit, se couchant trĂšs tard, puis se rĂ©veillant tĂŽt quand ils se rĂ©veillent – je suis trĂšs fatiguĂ© … zzz …).

«Kvetch» ​​mis Ă  part, je me sens soulagĂ© de notre dĂ©cision de garder notre fils Ă  la maison pour la «vue d’ensemble» (en plus de ce qui semble ĂȘtre un risque inutile pour le moment). Je pense que l’Ă©lĂ©ment intĂ©ressant de cette expĂ©rience corona – l’ensemble des phĂ©nomĂšnes sociaux auxquels nous assistons sera, je crois, Ă©crit sur le plan sociologique pendant longtemps Ă  venir (ou jusqu’Ă  ce que nous, les humains, nous nous Ă©teignions), c’est qu’en mĂȘme temps nous ‘nous sommes isolĂ©s les uns des autres, forcĂ©s de s’Ă©loigner physiquement les uns des autres, nous pensons plus que jamais les uns aux autres. Ou DOIT penser les uns aux autres maintenant plus que jamais. Nous devons travailler ensemble pour assurer la survie de notre espĂšce, et la façon de le faire est de nous Ă©loigner des autres lorsque cela est possible. Ce n’est pas seulement nous-mĂȘmes et nos propres intĂ©rĂȘts auxquels nous pensons pour la premiĂšre fois depuis longtemps. On nous demande de tenir compte de tout le monde lors de la limitation des contacts, de notre exposition potentielle au virus (avec sorties, courses, projets, etc.), du lavage des mains. MĂȘme le port d’un masque est un signe de considĂ©ration, une sorte de chose «je t’aide Ă  rester en sĂ©curité». C’est plutĂŽt joli, en fait, quand on y pense de cette façon. Cela fait que l’on se sent moins seul, plus rĂ©solu et, sans doute, renforce l’argument selon lequel les humains valent la peine d’ĂȘtre sauvĂ©s (peut-ĂȘtre).